Histoire écrite suite à une classe de neige dans les Vosges, pendant laquelle nous avions visité  la vieille centrale électrique du Lac Noir près d’Orbey. La montée s’était faite à pied, ce qui avait laissé à tout le monde le temps de s’imprégner de l’ivresse d’une randonnée dans la forêt enneigée. En racontant l’histoire d’une fermeture d’usine, impossible pour moi de ne pas  penser aux événements survenus à Longwy au début des années 1980 quand j’étais encore enfant au moment où la sidérurgie a été liquidée dans le bassin. Enfin, j’avais un angle d’attaque qui me convenait pour évoquer cette époque de crise : non pas par le documentaire réaliste (pas assez de données précises à mettre en lumière pour moi) mais plutôt d’une manière imagée et fantastique. Le décor et l’ambiance de l’usine électrique perdue au milieu  de la montagne s’y prêtaient bien.

Du vent et des fantômes.
 Cela commence comme une chronique sociale : une usine électrique, isolée au sommet d’une montagne s’apprête à fermer ses portes au profit d’une usine atomique, plus compétitive.
 Les ouvriers licenciés organisent la résistance, parlent de grève, de débrayage. Puis survient un accident, suivi du suicide du directeur. L’usine se vide. Il n’en reste désormais qu’un. Aloysus Bergeon : « Je n’ai pas réellement choisi de rester seul, mais de tout mon être, je ne pouvais me résigner à quitter la montagne et l’usine. Qu’aurais-je fait dans la vallée, alors que j’étais devenu un être à part, ayant tiré un trait sur toute perspective sociale, tant mon rôle ici était clair et satisfaisant ». Mais très vite, l’activité de l’usine semble reprendre. Viennent alors les fantômes.
 Il semblerait que ce soit en visitant la centrale électrique du Lac Noir dans les Vosges que Vanoli ait eu envie de dessiner ce nouveau récit. On le croit volontiers, tant il prend  plaisir à nous faire vivre ce lieu désolé, ces perspectives vides, ces étendues désertes. Ici, le lieu est un magnifique «  déclencheur d’histoire » comme l’était par exemple le bateau du « Réducteur de Vitesse » de Christophe Blain. S’y croient Aloysus, des fantômes bien décidés à perpétuer l’activité de l’usine, une sirène, un homme-cerf et surtout les «  vérificateurs », Schmitt et Schmidt, moins sorti des albums d’Hergé (pour les d et les t) que du « Château » de Kafka. La chronique sociale se fait fable fantastique, poétique, magique, magnifique hommage au travail des hommes sacrifiés sur l’autel de la compétitivité. Une des plus belles réussites de Vincent Vanoli. "
 

Régis Duqué dans A Livre Ouvert, trimestriel de la librairie BRUSEL
en novembre 2000.

" Une ambiance de neige et de Kafka pour un labyrinthe très « fredien "

dans Libération du spécial bd pour Angoulême 2001.