Une grosse farce bucolique qui barre dans tous les sens et pleine de caca qui sent bon. Je voulais me retrouver, l’espace de cette histoire dans une ambiance plus déridée que d’habitude, dans l’état d’esprit d’ « Edmond le Cochon » de Lob et Rochette,  du « Gendarme Gédéon » de Weissmüller , pas loin de Tati et de Marcel Aymé j’espère aussi…


« Vanoli, un maître dans l’art de perdre son lecteur, pour mieux lui faire explorer des univers poétiques.
  A première vue, rien d’alléchant dans les dessins en noir et blanc de Vanoli, où tout est de travers, tordu, comme les nez tire-bouchonnés des héros, ou carrément boiteux, à l’instar de leurs corps dégingandés et mous. Le trait violemment expressionniste, les personnages aux improbables tronches défigurées créent ainsi un écho puissant aux distorsions narratives de ces histoires. Ici, rien n’est unifié ou policé, ni le dessin, ni le ton, tour à tour burlesque ou poétique, passant sans embarras d’une histoire d’amour à un problème quasi métaphysique de caca. Le trivial, le sublime et le laid ont leur place, et leur voisinage crée une impression de bordel généralisé dans un univers abandonné par la cohérence, le sens et la tranquille normalité. Mais au milieu de ce vaste n’importe quoi, à l’intérieur de ces cases surchargées, un vide se fait sentir et c’est précisément ce thème de l’absence qui donne malgré tout, à travers un jeu de résonance d’une histoire à une autre, une unité à cet univers bancal. Chaque personnage est engagé dans une quête. Pour l’un il s’agit de retrouver un paradis ancestral, pour un autre une part d’humanité, pour un troisième l’amour, et cette recherche, ils la mènent avec la fragilité et l’innocence des monstres. A la fois récit réaliste, fable, conte poétique et farce, cet album entremêle savamment les histoires et, loin de se perdre dans une atomisation du récit, fédère ces différences, rendant caduques les notions de beau et de convenable pour créer un univers envoûtant. » 


Titiou Le Coq dans les Inrockuptibles, n°592, avril 2007.