J’ai réuni dans ce recueil une douzaine de petites histoires sur la vie quotidienne. C’est seulement au moment où toutes étaient réalisées que j’ai eu lidée d’y adjoindre le récit d’une longue promenade dans ma ville natale. Ce n’est pas le seul chapître qui parle de lieux, toutes les parties du livre sont intimement liées à eux. C’est ainsi que l’autobiographie prend son sens pour moi : elle s’ancre dans les villes, des pays et des régions, elle passe parmi des jardins, des bois, des montagnes, chemine par les rues et monte des escaliers. Le recueil réunit aussi des histoires ayant pour sujet Johnny Cash, Syd Barrett et Vic Godard, elles aussi parlent de géographies. Cest le sujet principal de tous mes livres même de mes fictions sans doute.

« L’habitude entraîne une forme d’oubli. Ces lieux que nous traversons, chaque jour, ne deviennent que de simples éléments de géographie, alors qu’ils participent, à leur manière, à la construction de notre propre histoire. Et souvent, ce n’est que lorsque l’on constate leur absence, que l’importance qu’ils pouvaient revêtir (décors où notre mémoire avait dispersé les bribes de nos moments passés) se fait douloureusement ressentir. « J’emprunte trois fois ces passages : une fois dans la réalité, une autre fois dans certains rêves, et enfin quand je les dessine. [...] C’est en m’y baladant et encore en les dessinant maintenant que je me rends compte que ces points de vue, ces passages entre les ruelles, ces détours ont une influence sur moi. Si je ne les avais pas laissés ressurgir en rêve, je ne serais pas revenu m’y balader aujourd’hui. » Alors qu’ailleurs on réécrit le passé, en choisissant de préserver les châteaux et de détruire les usines et les mines, Vincent Vanoli revisite le sien, empruntant des chemins connus, composant son itinéraire au gré d’une topographie intime. Et d’arpenter des lieux en apparence banals, mais éclairés par le regard du narrateur — un regard qui y révèle, au-delà du temps et des changements qu’il apporte, les traces d’une histoire personnelle.
(et parfois, le monologue s’arrête, parce qu’il y a des choses qu’il n’est pas nécessaire de dire)
Dans ce tour de village (« Le tour de Mont-Saint-Martin », récit le plus long de ce recueil), ce sont de simples lieux de passage (routes, ponts, carrefours), qui se trouvent ici désertés de toute vie humaine — comme pour écarter d’autres regards, qui y liraient d’autres histoires. Cette balade se fait à hauteur d’homme, suivant un trajet inscrit dans le corps — « je monte », « je descends », « je traverse », « je remonte ». Et, parfois, sa silhouette ou son ombre vient, fugitivement, s’immiscer (habiter ?) dans le dessin. L’épilogue du recueil vient en écho de cette promenade — ou peut-être en miroir, l’intérieur répondant à l’extérieur, la présence du père à l’absence de la mère. Ici aussi, le temps a apporté des transformations ; ici aussi, il y a un escalier, mais un escalier que l’on monte, alors que l’on avait descendu l’autre. Enfin, ici aussi, il y a un point de vue, « la fenêtre par laquelle j’ai dû commencer à imaginer le monde ». Imaginer le monde, ou (s’)en faire une image».

Chronique de Xavier Guibert sur le site Du9, octobre 2010.

« (... ) dans les indispensables récents de l’Association, il y a « Le Passage aux Escaliers» dans la collection Ciboulette de Vincent Vanoli toujours impeccable dans son récit quasi buzattien (... )»
Jean Pierre Dionnet en décembre 2010, sur son
blog des Humanoides Associés .