"L'ombre pour proie.

Esquisse en noir et blanc d'atmosphères urbaines entre Murnau et Otto Dix.
 Dans les deux récits qui composent les « Contes de la Désolation », des hommes solitaires arpentent les rues d'une ville fantôme. Les habitants vivent dans des bars et trompent l'ennui en détaillant les gravures accrochées à la tapisserie. Les femmes leur apparaissent en rêve. L'un est ouvrier, l'autre est peintre : une étrange silhouette le rejoint parfois et l'emmène jusqu'à sa chambre.
« Les Contes de la Désolation » de Vincent Vanoli sont d'une virtuosité technique surprenante. Du noir au blanc, en passant par toute une gamme de gris affinée, chaque dessin détaille les ruelles et les façades de cette cité dominée par un ciel orageux où se débattent des personnages pris au piège de leur condition. Un paysage sombre et claustrophobe nait de l'écrasement des toits et des murs dans les pages. Pour Vanoli, « il fallait trouver un décor qui soit en adéquation avec l'état d'âme des personnages, ces hommes sont perdus en eux-mêmes, prisonniers de leurs obsessions »(...). Pour « les Contes de la Désolation », son travail a débuté par « deux ou trois planches, sans idée précise, je voulais développer une histoire pleine d'onirisme, dans une ambiance urbaine et nocturne, un peu désuète. J'avais aussi envie de raconter des histoires d'amour  perdues ou avortées ».

L'album est un voyage dans le temps. On y retrouve les atmosphères de Murnau, Munch ou Otto Dix. « J'apprécie beaucoup l'Expressionnisme, que ce soit au cinéma ou en peinture. Mais ce n'est qu'une de mes influences. Elle est majeure pour « les Contes de la Désolation ». C'est la première fois que je ne case pas d'humour dans une histoire ». Avec un vrai travail sur la matière et un papier épais et granuleux, le recueil alterne des gros plans sur des visages blafards, des panoramiques et des perspectives tordues sur les méandres de la ville. Ce balancement des points de vue rythme la lecture de ces histoires d'amour mi-réelles, mi-rêvées : « Il fallait que mes personnages se perdent dans un dédale et que le regard du lecteur s'égare avec eux. J'ai privilégié un découpage rythmé avec des effets de cadrages variés, des cases dans d'autres cases par exemple(...)"

Bruno Masi dans Libération du 26 septembre 2002