Tout au long de la réalisation de ces courtes histoires dessinées durant les années 1990 et début 2000 pour la revue Lapin de l'Association (dont nombreuses ont été remaniées ou redessinées entièrement pour la publication du recueil), en tenant à essayer l'autobiographie (incontournable comme pratique et réflexion depuis les années 1990 dans la bande dessinée indépendante), je cherchais en même temps à la détourner de moi-même le plus possible pour parler autant de ce qui m'entourait. Je cherchais à trouver un angle d'approche très particulier : choisir un moment vécu anodin, oublié, anecdotique et le creuser le plus possible pour trouver ce qui en faisait sa vraie matière. Ce qui est important dans ce qui nous constitue sont des choses enfouies, à aller déterrer, aussi insignifiantes soient-elles à prime abord. Il  me fallait trouver la brèche dans des choses qui affleurent en réminiscence, faire scintiller un détail incongru du quotidien, à travers le prisme du fantastique parfois et construire une petite mécanique à partir de ça. Comme modèles absolus, j'avais en tête des textes découverts dans mon adolescence soient « En ce moment précis » de Buzzati, « Sucre de Pastèque » de Brautigan et aussi Ernst Jünger avec « Le Coeur Aventureux ». Une histoire inédite complète le recueil, dans laquelle j'accompagne mon père dans son village natal d'Italie. C'est la seule qui relève de l'autobiographie plus directe tout comme le sont les livres « Sentiers Battus », « Pour une poignée de Polenta » et « Brighton Report » chez Ego Comme X.


« Vivement dimanche.
Dans un élégant recueil d'histoires courtes, un auteur au trait sombre parvient à faire de l'anthropologie sociale.
L'an dernier, Vincent Vanoli avait sorti son somptueux « Brighton Report » (chez Ego Comme X), dans lequel il s'essayait à une sorte de portrait dessiné de sa ville d'adoption. Ce nouveau volume n'est pas une suite ou un nouveau roman graphique composé d'une seule traite. Il s'agit plutôt d'une compilation, mais qui se révèle tout aussi unifiée et pertinente que l'était le précédent livre. « Le Côté Obscur du Dimanche Après-midi » rassemble en effet des histoires parues à divers moments, dans différentes revues, mais qui, toutes, relèvent de cette même idée qui semble hanter Vanoli : faire de la bande dessinée comme d'autres font de l'anthropologie sociale.
Ce qu'il met en lumière dans ses histoires, ce sont, avant tout des récits de vie, des moments typiques qu'il capture au sein de sa propre famille ou dans sa province natale. Plus exactement, la pratique de Vanoli semble ancrée dans un très méticuleux travail de terrain et de plongée au sein de parcelles de sa propre vie qu'il utilise comme le matériau de son ouvrage, qui ressemble souvent à la cartographie virtuelle d'un territoire intime, en pleine construction.
Ce qui semble aussi le travailler le plus intimement, ce sont les questions de la parenté et de la famille. Son travail consiste souvent à recréer des moments pivots de sa propre existence, comme cette histoire où sa mère est complètement désorientée. Ses bandes dessinées sont ainsi des manières de pointer les zones d'anomie personnelles, familiales. Anomie, mais aussi rupture avec les habitudes : Vanoli décrit ici par exemple un concert incongru de Bruce Joyner dans un village plus que paumé, ou de fait, la présence d'un groupe de rock devient une manière de casser les habitudes, de créer, l'espace d'un soir, de nouvelles envies, hors normes. Ailleurs, il fait référence de manière oblique et subreptice, à Pat Fish alias Jazz Butcher, autre figure obscure du rock des années 80 : comme si Vanoli, au fond, s'intéressait avant tout aux seconds couteaux, aux rôles secondaires, aux visages que l'histoire officielle ne retient jamais.
« Le Côté Obscur du Dimanche Après-midi » est de fait un précis de choses banales, qui pourraient se produire dans n'importe quelle vie, mais qu'l parvient à sublimer grâce, essentiellement à deux atouts : une écriture sans effets, sans détours, sans fioritures et un trait dense, charbonneux, jamais gras, qui donne l'impression que l''auteur ne saurait pas dessiner autrement, qu'il n'a pas choisi ce qu'il fait. Vanoli est bien de la trempe de ces auteurs qui ne font pas de la BD par choix, mais par nécessité. Une nécessité qui oblige bien à le lire. »

Joseph Ghosn dans les Inrockuptibles n°544 de mai 2006.