Lidée de départ de « lAttelage » vient dune vieille image sous cadre trouvée dans un vide-grenier à Brighton. Redessinée, elle constitue la première case du récit. La lecture de ce road-movie, mené au galop, en charrette, dans une Angleterre du début du XIXème siècle mettant en scène un voleur de grand chemin solitaire,  se dégustera mieux avec lécoute du folk de Shirley Collins (« Love Death and the Lady ») ou de Jana Hunter (« Blank Unstaring Heirs Of Doom »).

La structure et le développement de lhistoire rappellent  ceux de « lUsine Electrique » où le personnage prisonnier du désordre occasionné par ses fantômes doit pourtant un jour regagner la société ou la civilisation. Dans « lAttelage », cest vers cette même issue que le bandit de grand chemin est également entraîné. Ce retour aux hommes et à leurs règles, régi par une espèce de hasard interactif (ici, tout contact du personnage avec dautres êtres humains nétant du quau hasard et les interactions qui en découlaient nayant que des conséquences  souvent catastrophiques), arrache le personnage de sa sauvage intériorité pour lui faire retrouver la civilisation mais dans ce que celle-ci a engendré de plus bestial : la guerre. Cest le pas supplémentaire que javais besoin de faire par rapport à la fin de « lUsine Electrique ».

Dans dautres récits que jai pu faire, cest lissue inverse qui simposait : dans les « Monterias » ou dans le « Contrôleur de Vérité », les personnages retournent à une intériorité, à une sauvagerie originelle en laissant le désordre du monde social derrière eux, comme si lenjeu était pour les personnages de mes histoires dêtre constamment en balancement entre les deux alternatives.


Hue Cocotte ! "
Un homme conduit ses chevaux dans une lande désolée, « doux paysage de collines, tacheté de bosquets et de massifs de rhododendrons ou de sombres fougères ». Le lecteur comprend au fil de la lecture que cette lande, d
une épure presque irréelle, figure lAngleterre du XIXème siècle. Lattelage galope mélancoliquement, sans but précis. Course absurde ? En apparence seulement, car la vérité de cet homme en rupture de ban apparaît peu à peu. Lamour, la vie sociale, le travail sont des choses quil entrevoit, en passant. Entre récit fantastique, scénario criminel et conte moral et métaphysique, lhistoire de Vanoli emprunte des chemins peu balisés. Il sen dégage une intense jubilation-celle de la liberté-, mais aussi une subtile mélancolie. On retrouve cette fascination de lauteur pour lAngleterre, déjà exprimée dans « Brighton Report » (Ego Comme X), qui sondait le coeur et les reins de la vieille ville côtière. Malgré le noir et blanc utilisé, les cases larges et denses évoquent les scènes favorites des toiles anglaises, à la manière dun Constable ou dun Gainsborough. La campagne anglaise défile, lhomme à cheval passe."  

 Fabien Tillon dans Bodoï n°107, avril 2007